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Revenu
de Base

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Pourquoi les Pirates devraient défendre le revenu de base Opinions 18 juillet 2012 Stanislas Jourdan

parti-pirate-france

Le revenu de base est une solution économique qui va de pair avec la philosophie de la culture libre, et constitue une solide réponse face au contexte économique. S’ils veulent être crédibles et cohérents, les Pirates ont donc tout intérêt à défendre haut et fort cette proposition.

Les Pirates le savent mieux que quiconque : le monde est en train de changer et l’économie n’en sortira pas indemne. Plus que d’une « nouvelle économie », nous assistons à l’émergence d’une « deuxième économie » dont les règles semblent échapper totalement au cadre fixé par l’économie officielle.

En effet, si le numérique pouvait vraiment créer la croissance et le plein emploi de demain, cela se serait vu depuis vingt ans que le secteur émerge. Si vraiment l’open source était compatible avec l’économie classique, alors les monopoles de Facebook, Google et tous les autres ne seraient pas un problème pour nos libertés. Mais ce n’est pas le cas, dont acte.

Alors, puisque les économistes officiels sont incapables de réinventer l’économie, et si c’était au tour des Pirates de faire valoir leurs arguments ?

C’est un peu l’avis de Rick Falkvinge, le fondateur du Parti pirate suédois, à propos de la « Swarm economy » (l’économie de l’essaim) :

Parce que les Pirates sont ceux qui ont le plus d’expérience de participation au changement de notre civilisation industrielle, les partis pirates sont dans une position unique pour prendre en main l’adaptation de nos politiques à cette nouvelle réalité.

Et comme par hasard, Falkvinge cite plus loin le revenu de base inconditionnel comme l’une des solutions (je traduis aussi le passage précédent, pour le plaisir des yeux) :

Il est important que cela ne soit pas un débat gauche-droite : cela n’a rien à voir avec le socialisme ou les politiques libérales. Il s’agit plutôt d’une observation que la société industrielle qui a défini ces idéologies est en train de s’éteindre et que quelque chose d’autre vient la remplacer.

Un des modèles pour l’économie de l’essaim (« swarm economy ») pourrait être de verser un revenu de base inconditionnel à chaque citoyen. Cela résoudrait de nombreux problèmes comme celui de la loi d’Airain des salaires et encouragerait le travail non payé, pourtant fondamental pour l’industrie.

Il y a de nombreux autres arguments conduisant à la nécessité du revenu de base comme socle d’un nouveau pacte social. Citons par exemple :

  • Simplification, transparence et meilleure lisibilité du modèle fiscalo-social
  • Désamorçage du problème de la trappe à pauvreté (manque d’incitation à travailler à cause des aides existantes)
  • Subvention des productions culturelles et non-marchandes
  • Sécurisation des parcours personnels
  • Abolition de l’extrême misère

Précisons d’ailleurs que l’idée fait déjà partie des “mesures compatibles” du Parti Pirate, et que certains équipages régionaux le promeuvent de manière assez active. Le flibustier allemand, lui aussi, a officiellement adopté cette mesure (même s’il faut relativiser cette décision, qui est loin d’avoir fait l’unanimité parmi les corsaires teutons…).

Mais au-delà de tous les arguments “de bon sens”, il y a peut être quelque chose de plus puissant encore dans l’idée du revenu de base : le fait que cette idée est en parfaite cohérence avec la philosophie de la culture libre. Et c’est bien pourquoi cette idée mériterait de retenir tout particulièrement l’attention des Pirates.

Des creative commons à l’économie

Les Pirates dénoncent la prétendue évidence selon laquelle le piratage serait néfaste à la culture. Ils dénoncent aussi les lois Hadopi et autres, qu’ils estiment inefficaces et surtout liberticides. Mais il y a quelque chose de plus puissant encore derrière leur justification du partage de la culture.

Le fondement philosophique qui justifie l’idée que les œuvres devraient être réutilisables et partageables, c’est que la création même de ces œuvres repose sur d’autres créations antérieures relevant souvent du domaine public ou simplement d’influences d’autres artistes. De fait, les protections actuelles que confèrent la propriété intellectuelle constituent en réalité un droit illimité d’exploitation mercantile de tout un champ de ressources relevant du domaine public et d’autres œuvres non rémunérées. Le système profite ainsi à une minorité tandis que la majorité des auteurs sont oubliés.

Le revenu de base part du même principe : aucun entrepreneur ne peut prétendre créer de valeur tout seul dans son coin. En vérité, tout ce qu’une entreprise ou un individu crée, il le fait en se reposant sur des productions antécédentes ou parallèles qu’il exploite souvent gratuitement.

Par exemple, toutes les entreprises qui utilisent Internet aujourd’hui (c’est-à-dire quasiment toutes) ne sont pour la plupart pas spécialement redevables de l’existence même de ce réseau. Elles exploitent ainsi des technologies et des infrastructures qui appartiennent à la collectivité sans rémunérer ceux qui ont œuvré à les construire.

Certes, il est impossible de rémunérer à leur juste valeur les contributions de la communauté open source. Ceux-ci n’en demandent d’ailleurs pas tant, d’autant que la contribution du logiciel libre est très difficilement mesurable dans le PIB.

Cette situation, aussi injuste soit-elle, est donc largement compréhensible. Mais le constat demeure le même : du travail gratuit et des richesses collectives sont abondamment exploités au profit d’intérêts privés.

La solution du revenu de base

Le revenu de base permet de régler le problème en rémunérant par défaut chaque citoyen pour sa part de création de valeur libre ainsi que pour la part d’héritage lui revenant de la richesse commune qui n’appartient à personne – si ce n’est un peu à tout le monde. Evidemment, un certain nombre de créateurs culturels en seraient les premiers bénéficiaires, et il n’est donc guère surprenant de voir des chercheurs spécialisés dans les biens culturels comme Philippe Aigrain en défendre le principe.

A l’inverse de ce qui est parfois reproché au revenu de base, il s’agit non pas de « rechercher l’autosuffisance » mais plutôt « d’assumer notre interdépendance » les uns vis-à-vis des autres, comme l’exlique Mona Chollet :

Le revenu de base implique de reconnaître les liens de profonde interdépendance qui unissent les membres d’une société, et qui conditionnent cet épanouissement. C’est même l’un de ses traits les plus frappants : il invite à prendre conscience du fait qu’on travaille toujours pour les autres, même si on a l’illusion de travailler pour soi parce qu’on en retire un salaire.

Le revenu de base revient d’une certaine manière à instaurer dans la démocratie le fait que les citoyens doivent se reconnaître mutuellement comme créateurs de valeur. Par analogie, défendre le revenu de base, c’est (un peu) comme défendre le logiciel libre : c’est donner l’opportunité à l’autre de créer de la valeur (soit: accepter que quelqu’un modifie son code), et c’est reconnaître que la contribution libre d’autrui constitue une vraie valeur économique même si l’on est incapable de la mesurer.

Hackons l’économie !

Quelles sont les mesures du Parti Pirate contre le chômage ? Comment les Pirates comptent-ils relancer l’économie ? Quelle réforme fiscale les Pirates mettraient-ils en œuvre s’ils étaient élus ? Comment faire face à la crise de la dette ?

C’est face à ces questions que le Parti Pirate a aujourd’hui un problème. Ses revendications majeures concernent la propriété intellectuelle et les libertés fondamentales, qui sont des thématiques importantes et justes. Néanmoins, les Pirates ne peuvent pas faire l’impasse sur l’économie. Il leur faut des réponses crédibles et cohérentes sur tous ces sujets s’ils veulent dépasser leur image de « petit groupe de sympathiques geeks qui s’amusent dans des garages ».

Evidemment, je vois le revenu de base comme une pierre de voûte d’une telle démarche. En effet, le revenu de base n’est pas une mesure de plus, mais un levier de changement vers un nouveau projet de société. Si les Pirates l’adoptaient officiellement dans leurs revendications majeures, cela leur permettrait ainsi d’écarter d’entrée de jeu toutes les mesurettes économiques et faux débats économiques sur lesquels le parti n’a pas grand chose à dire (mais beaucoup de temps et de crédibilité à perdre) et d’y opposer une réponse radicale, juste, et cohérente.

N’est-ce pas d’ailleurs cela que l’on attend d’eux ? Alors, à l’abordage !?


Article initialement publié sur le blog de Stanislas Jourdan

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Commentaires

Parti Pirate Réunionnais
20 juillet 2012 à 22:43

Le Revenu de base est au coeur du programme du Parti Pirate Réunionnais, car l’ile de la Réunion pourrait être une région pilote dans sa mise en oeuvre et concrétiserait l’engagement n°29.1 du nouveau Président de la République lors de sa campagne électorale à savoir :

« j’encouragerai un nouveau modèle de développement de l’outre­-mer, comportant un programme d’investissements et une action prioritaire pour l’emploi et la formation des
jeunes.»

Nous avons adresser un courrier en ce sens à Monsieur le Ministre de l’Outre­mer sans réponse à ce jour!

Pour aller plus loin, je pense que c’est un sujet qui pourrait mobiliser et fédérer les différents Partis Pirates européeens pour les échéances de 2014 en étant le fer de lance de l’initiative citoyenne européenne pour le revenu de base.

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