Horizon 2050: un revenu d’existence et des villes en transition

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Frédéric Bosqué nous propose une vision délibérément optimiste de notre future société. Et si nous adoptions le revenu de base, à quoi ressembleraient nos villes et nos vies en l’an 2050?

I have a dream… Je rêve qu’en 2050, la ville de Montauban, où j’habite, aura pour mission première de préserver dans le temps la santé de ses citoyens et de viser sans relâche à leur donner les moyens de choisir au mieux leur existence pour expérimenter le chemin de leur propre bonheur dans le respect des humains et de la nature.

Une ceinture verte entourera Montauban assurant ainsi à ses habitants une alimentation saine, de quoi se vêtir voire même se chauffer et construire des espaces de vie harmonieux.

La majorité des espaces de ma commune seront rendus à la vie et aux humains. Ils seront fonctionnels, beaux et bien isolés au point qu’il y fera bon l’été et que l’hiver, la chaleur de ses habitants suffira à les chauffer.

Au sein de ces espaces, bien reliés entre eux, les Montalbanais(es), exerceront l’activité de leur choix qu’elle soit de nature marchande, non marchande ou un peu des deux. Les produits et les services qu’ils produiront seront échangeables en euros, en monnaies citoyennes, en temps voire par un simple troc.

Mes concitoyens pourront échanger ces produits et ces services en toute connaissance de cause car ils connaîtront leur impact sur la nature et les humains. En effet, chaque entreprise dont le siège est sur notre ville ou vendant sur notre territoire sa production, recevra une note de développement soutenable conditionnant une taxe ou une subvention réintégrant dans ses coûts cet impact. Cette note devra être imprimée sur ses produits.

Comment tout cela aura-t-il été rendu possible ? Parce que d’ici 2050, ma ville aura une constitution et une monnaie citoyenne. Sa constitution préservera notre bien commun et étendra nos libertés individuelles. Sa monnaie locale complémentaire à l’euro distinguera socialement ceux qui contribueront à cette utilité commune.

Les énergies renouvelables au service de la communauté

Sur le fronton de la mairie de Montauban et sur le site Internet de la commune, sera affichée seconde après seconde la balance énergétique entre production et consommation de notre ville. Le 31 décembre 2012, à minuit, nous ferons la fête. Une grande fête. Une fête populaire. Pourquoi ?

Parce que tous ensemble, transcendant nos appartenances, nos origines et nos classes, après la signature du Manifeste Universel pour une Société Ecologique il y a 40 ans, nous aurons, pour la première fois, notre production d’énergie renouvelable et locale sera supérieure à nos dépenses énergétiques !

En même temps, les Montalbanais(es) auront un niveau de confort et de mobilité jamais atteint jusqu’à présent avec en prime un allégement sans précédent de leur factures alimentaire, énergétique, de logement et de transport.

Le centre-ville sera dans sa majeure partie rendu aux piétons, aux vélos, aux véhicules individuels et collectifs propres. Les transports collectifs couvriront les besoins de déplacement réguliers des Montalbanais(es) vers leurs espaces d’activités, tandis que des véhicules propres en partage leur donneront accès à des transports à la carte.

La fibre optique de très haut débit permettra de limiter les déplacements à un minimum tout en reliant en temps réel citoyens, entreprises et collectivités territoriales. D’ailleurs, la plupart des logiciels utilisés par nos services publics seront sous licence libre.

Les décisions concernant la collectivité ne se font plus à une voix près !

Chaque citoyen qui en fera la demande sera équipé de moyens électroniques pour exercer pleinement sa souveraineté. Elle sera alors sollicitée en temps réel pour les décisions qui touchent au bien commun et aux libertés individuelles. Le consensus sera recherché, sinon le consentement (intégration de toutes les objections) et toute décision devra obtenir a minima les 2/3 des voix. A Montauban, on ne décide plus depuis longtemps ce qui nous est commun à tous, à une voix près ! Cela ferait rire ou pleurer nos enfants.

A chaque point cardinal de la ceinture verte entourant le chef lieu du Tarn et Garonne, seront implantés de grands parkings permettant d’échanger les véhicules à énergie fossile contre des véhicules propres en partage. Des navettes électriques ou à gaz méthanisé relieront l’intérieur à l’extérieur de notre commune. Pilotés par les besoins de mobilité de nos citoyens, leur fréquence et leur nombre s’adapteront aux besoins ponctuels de la population.

A côté de ces parkings extérieurs, de grands entrepôts logistiques informatisés gèreront les flux entrant et sortant de marchandises afin que seules les navettes propres de la commune desservent de façon optimale les citoyens, les entreprises et les services de notre collectivité. Le drame du temps de vie perdu dans les transports sera raconté à nos enfants pendant les soirées d’hivers !

Ainsi, les Montalbanais(es) auront en grande partie accompli ce que personne ne croyait possible : préserver le bien commun, voire l’enrichir pour eux et les générations futures tout en étendant leurs libertés individuelles !

Le revenu de base, un facteur d’inclusion sociale

Ah oui ! J’ai oublié quelque chose d’important. Les Montalbanais(e)s reçoivent depuis 20 ans, en monnaie complémentaire et locale, un revenu d’existence inconditionnel, inaliénable, cumulable avec tout autre revenu d’activité, qu’ils peuvent dépenser à leur gré dans les entreprises locales respectueuses des humains et de la nature.

Chacun(e) le reçoit chaque mois, de la naissance à la mort, indépendamment de sa participation à la production marchande. En fait, il est la redistribution, en partie et égalitaire, entre les habitant(e)s de Montauban, des économies permises par la transition écologique qu’ils ont accomplie ensemble depuis près de 40 ans.

Leurs enfants, eux, jusqu’à leur majorité n’en perçoivent que la moitié. Il est géré par leur parent pour leur éducation. L’autre moitié alimente, jusqu’à leur majorité, un Fonds d’Investissement pour la Transition. Celui-ci finance chaque année des dizaines d’organisations – marchandes ou non – afin de les aider à s’installer sur notre territoire et à opérer la transition écologique. Il finance aussi, pour les Montalbanais(es) qui le souhaitent, leur installation dans des exploitations quasi autosuffantes.

Ainsi des centaines d’entreprises œuvrant pour la préservation de notre bien commun et pour l’extension de nos libertés individuelles se sont jointes à notre tissu local. Le besoin en main œuvre pour opérer la transition aura attiré de nombreuses entreprises, d’autant qu’elles bénéficieront de conditions d’installation privilégiées et de ce fonds d’investissement pour la transition. Des centres de formation professionnelle formeront quant à eux aux métiers dont la transition écologique aura besoin et s’adapteront en permanence aux besoins de main d’œuvre.

Mais revenons à notre citoyen(e) majeur(e).  Le jour de sa majorité, le ou la jeune montalbanais(e) se retrouve avec ses ami(e)s du même âge à une cérémonie d’entrée dans la communauté de vie Montalbanaise et plus largement dans celle de notre planète.

En cadeau de bienvenue, chaque jeune recevra en totalité et en monnaie citoyenne, son premier revenu d’existence complet et un capital abondé par 20 ans d’investissements dans l’économie locale. Cela lui permettra, dès sa majorité, de choisir librement une activité non pas pour avoir un revenu mais parce qu’il ou elle en aura dèjà un ! D’autre part, il ou elle pourra investir son capital d’existence dans la réalisation de son rêve, celui avec lequel il ou elle est venu(e) ou bien simplement pour construire sa propre maison ou entrer en copropriété dans un habitat groupé écologique et pourquoi pas auto-construit !

Des jumelages porteurs d’espoir

Mais les Montalbanais(es) savent aussi qu’ils doivent beaucoup de leur réussite présente au reste du monde. C’est pour cela que la commune s’est jumelée depuis le premier revenu d’existence versé, et sans condition, avec d’autres villes du monde qui n’ont pas eu cette chance.

Lors de cette cérémonie, chaque nouveau citoyen majeur gagne un frère jumeau ou une sœur jumelle, citoyen(ne) de l’une de ces villes qui reçoit alors lui aussi un revenu d’existence et un capital équivalent dans son pays. La commune propose alors au nouveau citoyen un an de service civique dans l’organisation de son choix qu’elle soit locale ou internationale.

C’est peut être pour cela aussi que les Assemblées Communales Territoriales, qui se réunissent pour actualiser tous les trois ans notre constitution et contrôler le mandat de nos élu(e)s durant toute cette période, sont toujours pleines à craquer. Pourtant, les membres de cette assemblée ne se connaissent souvent pas : ils sont tous tirés au sort !

Mais c’est vrai qu’en relisant l’histoire de mon rêve, je trouve que je suis un peu chauvin ! Car dans mon rêve, en 2050, Montauban fut la dernière ville au monde à accomplir sa transition !

Pourquoi ? Je ne sais pas…

C’est sans doute pour cela que je me suis réveillé, parce que les derniers seront peut-être un jour les premiers !


Illustration  Attribution de paytonc Олександр

Frédéric Bosqué

À propos de l'auteur : Frédéric Bosqué

Cofondateur du réseau www.katao.fr, un réseau de distribution de produits prioritairement locaux sinon équitables toujours écologique autour d’un logiciel libre, je suis aussi délégué national du mouvement Sol, initié par Patrick Viveret, diffusant une monnaie citoyenne en usage dans plusieurs villes de France et coordonne l’instauration du sol-violette pour la Ville de Toulouse ( www.sol-violette.fr). Je suis à l'initiative de plusieurs groupes pour l’instauration d’un revenu d’existence, Antenne locales de l’A.I.R.E de Yoland Bresson. Je suis enfin gérant, dans le Tarn & Garonne d’une entreprise adaptée en coopérative d’une cinquantaine de personnes et l'auteur d'un livre essai d'économie-politique "Alternatives Humanistes, Ensemble vers l'Autonomie." www.alternativeshumanistes.info

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5 commentaires

  • Cedric

    Aug 21, 2012

    Reply

    Un sacré condensé des idées les plus novatrices et enthousiasmantes du moment ! Merci pour ce petit bout de rêve, qui je l’espère deviendra réalité ;)

  • Amaru

    Aug 21, 2012

    Reply

    Hello,

    Très beau… rêve ? Non, un futur possible mais qui demande de sacrées évolutions sur le plan institutionnel.
    J’ai juste un petit problème avec la capitalisation du revenu universel des jeunes. Outre les difficultés, certes surmontables, liés au financement de ce revenu, je ne vois pas l’intérêt de capitaliser pour le « reverser » individuellement. D’une part, le revenu universel est censé être suffisant pour subvenir aux besoins élémentaires (y compris avoir un toit) mais en plus dans cette magnifique cité, chacun trouve une place dans la contribution à la richesse collective et il est possible par exemple de construire son propre logement (ça peut faire partie des choses qu’on apprend dans les écoles de Montauban). L’accumulation (capitalisation) n’est pas nécessaire. Si la plupart des entreprises ont la forme coopérative (valeur de part fixe), ne recherchent pas (directement en tout cas) le profit mais plutôt le développement d’un modèle social et écologique, il n’y a d’ailleurs pas vraiment de place pour l’accumulation capitalistique. Elle est même de fait incompatible avec ce modèle de production.
    En tout cas bravo, c’est rafraichissant !

  • Reply

    [...] Et si nous adoptions le revenu de base, à quoi ressembleraient nos villes et nos vies en l'an 2050?  [...]

  • theron

    Jun 06, 2014

    Reply

    C’est bien de rêver, on peut imaginer des trucs sympas, mais delà à croire que les véhicules électriques sont propres… Le lithium aura disparu en 2030, en 2050 l’uranium, donc côté électricité va falloir pédaler, et il n’y aura rien pour conserver cette électricité.

  • Frédéric Adaggio

    Jun 11, 2014

    Reply

    Bref, il y aura encore des « élus » et tous ces parasites politiques…
    « des économies permises par la transition écologique qu’ils ont accomplie ensemble depuis près de 40 ans. »
    Vous devriez savoir qu’il n’y a jamais eu aucune économie obtenue par une administration, en vue de réduire un impôt, un coût (social, environnemental , sanitaire) : tout ce que la puissance publique touche, elle le gaspille. Adage à mémoriser.
    Déjà que les Montalbanais (?) sont des crevards et des communards, mais alors là ce sera l’assistance publique premier employeur, Pôle-emploi à tous les étages, la déresponsabilisation, l’assistanat automatique et obligatoire etc…
    Il n’y a pas d’autre solution que d’envisager une aide corrélée à une activité. Tout ce qui aide sans participation de l’individu le détruit, puisqu’elle détruit son activisme.
    Donc: réduire le poids et le coût de la puissance publique, libérer les créativités et la prospérité, mettre en place des mutualisations d’aides.

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