« On humilie plein de gens à cause de cette complexité inutile »

Baptiste Mylondo, Marc de Basquiat, Yoland Bresson

Comment simplifier et rationaliser le modèle social français ? Marc de Basquiat, économiste et auteur d’une thèse sur le financement du revenu de base en France, explique sa démarche et les résultats de cinq ans de recherches pour mieux comprendre le système français…et comment le réformer.

Ingénieur de formation et cadre dans son parcours professionnel, Marc de Basquiat travaille depuis 15 ans sur l’allocation universelle. Il y a six ans, il décide de se lancer dans une thèse visant à étudier de manière très précise le financement d’un revenu de base en France. Ses travaux aboutissent par la soutenance de sa thèse en novembre 2011 (disponible sur le site allocationuniverselle.com), qui lui permet d’obtenir avec brio le titre de docteur en économie.

Le podcast « Monnaie Libre » animé par Stéphane Laborde propose cette semaine une très riche interview de ce promoteur phare du revenu de base en France.

« Ma démarche part de l’étude de ce qui existe aujourd’hui », explique-t-il. En se basant sur les travaux de Picketty, Saez et Landais, il analyse de très près les effets redistributifs (ou contre-redistributifs…) des différents mécanismes de transfert de richesses.

On humilie plein de gens à cause de cette complexité inutile – Marc de Basquiat

Sa conclusion majeure : la redistribution induite au global est en réalité une fonction extrêmement simple, qui se résume peu ou prou à une ligne droite :

Source: Marc de Basquiat, mars 2012

Une conclusion s’impose : autant simplifier le tout par le versement d’un revenu de base à tous et sans condition.

Basquiat en arrive ainsi à la conclusion qu’il est possible de financer un revenu de base de 400 euros par adulte et 200 euros par enfant, sans toucher aux pensions de retraite ni aux allocations chômage, ni à l’assurance médicale. Une proposition souvent jugée minimaliste, mais résolument réaliste, et qui permet d’avoir un point de repère vis-à-vis du système existant. « Ces chiffres correspondent en effet à ce que touchent en moyenne les Français aujourd’hui via la redistribution sociale », explique Marc de Basquiat.

Pour en savoir plus, ne manquez pas d’écouter le podcast en cliquant sur le player ci-dessous :

Monnaie Libre – épisode 13: Marc de Basquiat


Illustration CC Stanislas Jourdan

À propos de l'auteur : Stanislas Jourdan

Coordinateur du mouvement Français pour un revenu de base et membre du comité de citoyens pour l'initiative européenne pour le revenu de base inconditionnel. Aussi éditeur en chef de ce site. Dans une vie antérieure : journaliste.

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17 commentaires

  • Romjpn

    Sep 12, 2012

    Reply

    Sauf qu’avec 400 euros, ce n’est pas possible de subvenir à nos besoins en France : toit (éléctricité, eau etc.) + nourriture. C’est trop bas je pense.
    Quelle est l’explication d’un montant aussi bas ?

  • Stanislas Jourdan

    Sep 12, 2012

    Reply

    @Romjpn : 400 euros par personne et sans rien enlever aux allocs chômage, logement, retraites…

    Pourquoi ce montant ? Non par idéologie je pense de la part de Marc*. Simplement, il faut bien comprendre que son étude ne vise pas tant à préconiser un montant en particulier, qu’à montrer comment adapter le système actuel vers le RDB, ceci en regardant ce qui existe déjà dans le système actuel, pas en en inventant un autre.

    C’est une approche bien différente il est vrai de la plupart des partisans du revenu de base, mais elle a le mérite de prouver que c’est possible et qu’on ne doit pas exiger moins !

    * Il a d’ailleurs fait des simulations sur des montants plus élevés, cf ce document : http://www.allocationuniverselle.com/doc/SlidesAU2012-03-31Basquiat.pdf

  • Gboule35

    Sep 12, 2012

    Reply

    @Romjpn : 400 euros par personne et sans rien enlever aux allocs chômage, logement, retraites…

    et j’ajoute aux salaires.

    mon exemple :

    1500 euros travaillant 40 à 50 heures par semaine du mardi au samedi, les 400 euros me permettent soit de négocier mon samedi avec mon patron, soit de rémunérer la nounou de mes enfants car mon épouse travaille aussi le samedi, vu ainsi c’est plutôt jouable. et en plus je deviens classe moyenne (le panard mdr)

    ma soeur au RSA touche 474.93 et ne trouve pas de jobs malgré qu’elle ne soit plus exigeante sur l’intitulé… (elle a pourtant des diplômes d’études supérieures), bref avec 400 euros de plus, elle remonte au seuil de pauvreté ou peu s’en faut ce qui ne permet pas de changer la vie mais au moins elle peut survivre car là avec moins de 500 euros heureusement qu’elle est débrouillarde…

    il est que mrs arnaud, bettencourt, etc, ne pourront sans doute que s’offrir 1mn de comptable calculant leur exil fiscal à ce tarif ;-)

  • Cgeek

    Sep 13, 2012

    Reply

    @Gboule35

    Sauf erreur de ma part, votre soeur ne toucherait pas plus. Le RDB venant se substituer au RSA. Je n’ai pas encore écouté suffisamment la proposition de Marc de Basquiat, mais il me semble même qu’elle toucherait moins (son RSA actuel étant de 474€).

  • Marc de Basquiat

    Sep 17, 2012

    Reply

    C’est un point que peu de personnes ont repéré. Le montant actuel du RSA à 474,93 € est versé pour une personne seule qui ne reçoit pas d’aide au logement (parce qu’elle a une solution par ailleurs). Si cette personne perçoit une allocation logement, le RSA est diminué d’un montant forfaitaire de 56,99€ (pour une personne seule) pour atteindre 417,94 €.

    Si on cherche à construire une solution complètement non-conditionnelle, il faut raisonner comme si les autres prestations spécifiques (en particulier l’aide au logement) étaient toujours additionnelles au revenu de base. Donc, logiquement, on prend le niveau minimal.

    Par ailleurs, pour les couples, le montant du RSA n’est pas doublé par rapport à la personne seule (c’est 598,42 € hors forfait logement). Deux revenus de base à 400€, cela fait 201,58 € de plus. Même logique en cas de présence d’enfants.

    De fait, la personne isolée est le seul cas où le RSA actuel est un peu plus élevé qu’un revenu de base à 400 € / adulte + 200 € / enfant.

    Bien entendu, comme Stanislas le signale, ce montant de 400 € a été calculé pour se rapprocher au plus près de la redistribution actuelle, mais ne constitue en rien une préconisation volontariste ! J’espère plutôt que nous arriverons un jour prochain à l’heureuse situation où des citoyens informés et impliqués pourront discuter entre eux en toute transparence du niveau de redistribution souhaitable.

    Je rappelle juste que les 400 / 200 € calculés en 2012 signifient très précisément : « Chaque résident régulier sur le territoire national accepte de mettre en commun 20% de tous ses revenus, redistribués équitablement entre tous, les mineurs percevant un montant moitié de celui des adultes ».

    Qu’il soit souhaitable d’amplifier la redistribution à hauteur de 25% par exemple, cela peut s’argumenter en évaluant paisiblement les avantages, évidents, mais aussi les inconvénients, qu’il serait imprudent de nier.

  • Theophile

    Sep 22, 2012

    Reply

    L’autre approche est de partir du revenu moyen par personne, un peu moins de 2000 euros, et de lui appliquer une « CSG maximale politiquement tolérable » qu’on pourrait évaluer à 40%. cela donne 800 euros en moyenne. A cela il faut naturellement déduire le coût des services publics non strictement régaliens devenus évidemment payants(le régalien strict collectif comme la défense nationale est un prélèvement qui s’ajoute aux 40% de l’ordre de 10 à 15% du revenu mais pourrait plus élégamment se prélever sur le patrimoine à hauteur de 1% par exemple) : environ 250 euros par personne d’abonnement à l’assurance maladie, environ 450 euros par enfant de chèque scolaire moyen de zéro à 18 ans (les études supérieures étant financées par emprunt personnel et remboursée sur l’AU des cadres).
    Avec cette approche on arrive en effet à 400/500 euros par adulte et 200/300 euros par enfant en cash (pour les enfants ce serait donc légèrement plus que l’effet des AF et du QF cumulé). Cela permet de supprimer tous les dispositifs actuels (RSA, ASS…) sauf l’AH évidemment. Il faudrait compléter cela par une nouvelle formulation du droit au logement : 14m2 par adulte pour 300 euros (forfait de fluide compris) + 20% du revenu de la personne pour rendre le logement social dissuasif pour les personnes plus aisées.
    Tout cela est donc POSSIBLE et sans doute souhaitable. Quant à le vendre dans une élection, c’est une autre histoire…

  • David Latapie

    Sep 24, 2012

    Reply

    Le problème que tout le monde semble oublier (mais je serais ravi que vous me prouviez le contraire) est que *toute augmentation généralisée sera absorbée*. Si tout le monde à 400 euros de plus, le prix des aliments montera, par exemple.

    Solution possible : couplé un revenu universel à d’autres innovations, comme les circuits courts. Je parie que les abus viennent davantage des grands groupes anonymes que des personnes qui doivent affronter le regard des clients.

    Qu’en pensez-vous ?

    • Stanislas Jourdan

      Sep 25, 2012

      Reply

      @David: L’effet inflationniste est une crainte en grande partie liée à une mauvaise compréhension de ce qu’est l’inflation.

      J’avais notamment évoqué le sujet dans toute sa largeur dans cet article : http://www.tetedequenelle.fr/2011/12/revenu-universel-inflation/

      Concernant le problème spécifique du logement et le cas des APL, le problème est notamment que les APL sont un dispositif dirigé, qui ne peut être déclenché que pour le logement. Donc forcément les propriétaires en profitent. L’avantage du revenu de base c’est qu’il peut être utilisé pour tout autre dépense, ce qui accroit donc la concurrence plutôt que de renforcer la position des propriétaires. Et de plus, le vrai problème est pas tant pour les allocataires de la CAF (ils gagnent toujours un peu) que ceux qui ne touchent pas les APL, qui ne touchent rien.

      Enfin, gardons à l’esprit qu’il y a une pénurie de logements en France (du moins dans les grandes villes – mais quel serait l’effet du RDB à cet égard?), problème qui on est néanmoins d’accord ne peut pas être traité uniquement par le revenu de base.

  • David Latapie

    Sep 24, 2012

    Reply

    Pour aller dans le même sens, voici ce que je viens de lire :

    Michel Husson, économiste et lui aussi membre d’Attac, met en garde contre une dérive possible.

    «Si le revenu inconditionnel est un petit revenu de complément, on risque de tomber dans les travers de l’allocation logement. Les propriétaires savent que les locataires touchent l’APL alors ils se permettent d’augmenter les loyers. L’effet serait le même avec les salaires qui seraient revus à la baisse.»

    http://www.slate.fr/story/61823/revenu-base-gauche-peur

  • Lauda

    Feb 06, 2013

    Reply

    Bonjour,

    Si ce système de redistribution fonctionne en se basant sur les ressources actuelles, qu’en serait-il en cas d’augmentation importante/rapide de la population (immigration économique attirée par ce système ?)? Y a-t-il eu des calculs de faits à ce sujet ? Que peut-on répondre à cette objection ?

  • fizzzico

    Feb 06, 2013

    Reply

    « Basquiat propose ainsi un revenu de base de 400 euros par adulte et 200 euros par enfant, sans toucher aux pensions de retraite ni aux allocations chômage, ni à l’assurance médicale. »

    Si l’argent servant à financer un revenu de base selon ces critères ne provient ni de la CSG, ni de l’assurance chômage, ni des cotisation retraites… d’où vient-il? A quoi sert-il à l’état actuel?

  • Jaguar

    Feb 06, 2013

    Reply

    J’ai une question pour marc de Bastia:

    En dehors du débat sur la viabilité d’un revenu de 400€, la proposition de votre thèse met en avant la possibilité (et nécessité) de simplifier à la fois l’accès aux aides et le coût de la gestion de celle-ci.

    Ma question est la suivante: A-t-on une idée réelle du coût administratif du système social actuel et une estimation des économies réalisés par l’instauration d’un revenu de base? Ou plus généralement, bénéficie-t-on d’une étude sérieux sur le financement du revenu de base en France? Car j’ai la conviction qu’entre les dépenses et les économies engendrées, l’état français finirait en réalité bénéficiaire si l’on mettait les chiffres en face (moins de fonctionnaires à payer, moins de paperasse, plus de consommation, solvabilité assurée du contribuable, meilleur santé et éducation générale etc…).

  • kalish

    Feb 13, 2013

    Reply

    Bien sûr qu’il finirait bénéficiaire, c’est pour ça qu’on peut imaginer un revenu de base un peu supérieur à ces 400€. Si on fait travailler, dans un système fermé, des gens pour rien, on dévalue forcément le travail, par contre si on les paie pour rien, le travail devient au contraire un travail qui se doit de répondre à un besoin. c’est une idée qui malheureusement ne risque de jamais passer à cause 1) de la mentalité qui dit qu’on ne paye pas pour des assistés etc… 2) parce qu’on essaiera de le complexifier à l’infini et qu’on aboutira au même capharnaum.

    « Le problème que tout le monde semble oublier (mais je serais ravi que vous me prouviez le contraire) est que *toute augmentation généralisée sera absorbée*. Si tout le monde à 400 euros de plus, le prix des aliments montera, par exemple. »
    Je pense avoir un bon exemple. la baguette est aujourd’hui à 80 centimes, si demain je donne à tous un revenu de 400€ vous me dites que les boulangers vont s’empresser de mettre la baguette à 400+0,80 = 400,80€. Aujourd’hui l’iphone est à 400€, si demain je donne un revenu de 400€ à tous vous me dites que son prix sera de 400+400 = 800€. Or notre boulanger il fait maintenant rentrer dans sa caisse 800€ en ayant vendu 2 baguettes, il peut donc s’acheter un iphone avec 2 baguettes, vous voyez le pb, je ne crois pas qu’apple laissera faire ça ;). Donc non, on ne peut pas faire augmenter le prix des choses à l’envie,le 0 c’est le 0.
    L’augmentation des prix de l’immobilier est autant du à la générosité de la caf qu’au fait que le nombre de propriétaires est limité. Les centre villes sont vides la plupart du temps, ils appartiennent à des gens qui n’ont pas envie d’entretenir les batiments et qui peuvent monter les loyers par le simple fait de raréfier le logement, de l’argent par le vide quoi. C’est une situation différente concernant les producteurs de nourriture car tout le monde peut s’improviser producteur, la concurrence est donc moindre, et les terres sont bien exploitées au maximum.
    Jusqu’à preuve du contraire l’argent représente le travail des gens, la création de capitaux, et leurs capitaux accumulés,(et malheureusement il y a probablement tromperie ou difficulté d’évaluation) créer un revenu de base ne change rien à la production des foyers, elle ne l’augmente ni ne la diminue.

    Pour ce qui est du prélèvement, l’impôt le plus proportionnel et universel reste encore la TVA, c’est pour ça qu’il ne faut surtout pas voir cette démarche comme une démarche nécessairement de gauche, un libéral peut très bien s’y retrouver, je m’y retrouve, et je suis pourtant dans le cas : seul sans emploi.

    Par contre je me pose des questions concernant le financement de la santé…

  • Balthus

    Feb 13, 2013

    Reply

    Il y a une question que je me pose depuis pas mal de temps. En admettant que le revenu de base soit institué, et que donc la gestion administrative soit considérablement simplifiée, QUE FAIT-ON des salariés de la CAF, de la CPAM et de tous les organismes chargés de distribuer les minima sociaux ? Quelles tâches va-t-on leur assigner (car il est hautement improbable qu’on les licencie, et c’est heureux) ? A quoi serviront-ils, en somme ?

    Pour avoir travaillé dans une CAF, j’ai pu constater l’immensité des règles de droit que les techniciens doivent engranger et assimiler et le seul point négatif que je trouve au revenu de base, c’est que je n’ai lu nulle part la réponse à la question de ce que l’on va faire de ces salariés, puisque la gestion de ce revenu ne nécessitera pas autant de personnel qu’actuellement.

  • kalish

    Feb 14, 2013

    Reply

    @Balthus,
    Elle est excellente comme réflexion, c’est justement une grande partie du propos concernant le revenu de base, on paye DEJA des gens à rien faire (ou en l’occurence à faire des chose qui pourraient être faites de manière infiniment plus efficace), on les paye à appliquer des règles complexes qui peuvent se simplifier en une règle plus simple. Si on les payait autant à faire autre chose, ça représenterait forcément un gain pour la société. Pour l’instant ce sont des emplois de « frottement », vu du point de vue du revenu de base, ils font perdre du temps aux gens (et donc de l’argent), du temps à eux même car employés à des taches inutiles.
    C’est un peu comme les emplois concernant les armes ou le tabac, l’argument pour conserver ces emplois, c’est que ce sont quand même des emplois. Donc on se moque de la valeur du travail et de son intérêt pour la société, vous êtes d’accord avec ça?

  • Reply

    [...] [13] http://revenudebase.info/2012/09/interview-marc-basquiat-revenu-de-base/ [...]

  • BKinn

    Apr 29, 2013

    Reply

    Bonjour,
    Je m’intéresse depuis peu – mais aussi de très près – au principe du revenu de base. J’ai bien compris que Marc Basquiat ne fait que poser une hypothèse avec la base des 400 euros, qui est la valeur qui semble s’inscrire dans la continuité du système actuel. J’ai également vu que cette proposition est reprise par la CJD. Enfin, j’ai longtemps été dirigeant d’entreprise, ce qui forme à la mesure des perversions que subit toute règle de gestion, fut-elle basée sur de belles intentions.
    Tout ce préambule pour poser la question suivante : n’est il pas illusoire de vouloir mettre en place un revenu de base aussi bas, avec l’ensemble des effets pervers que l’on peut déjà décrire (certains risques sont bien relevés dans les commentaires qui précèdent).
    Et pourquoi ne pas pousser le raisonnement jusqu’à la proposition allemande, en prenant la TVA comme base universelle d’imposition ? (il est vrai que la TAN exposée par le CJD présente l’avantage de tenir compte du patrimoine, ce que ne ferait pas la TVA).
    PS. mes questions ne sont partisanes : elles sont de vraies questions, et si je les pose, c’est parce que je me pose moi même la question.

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