Avec les élections européennes, le revenu de base entre (discrètement) dans l’arène politique

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Les résultats des élections européennes ont choqué la scène politique et médiatique française. Et pourtant, en lame de fond, des idées nouvelles font leur entrée sur la scène politique. Analyse des scores des partis pro-revenu de base, en France et en Europe.

Comme nous l’écrivions la semaine dernière, pas moins de 8 listes électorales avaient intégré — chacune à leur manière — le revenu de base dans leur programme. C’est probablement la première fois qu’autant de formations politiques s’accordent à vouloir avancer dans la direction d’un revenu universel en France.

Les résultats tombés dimanche soir sont hélas moins encourageants, à cause de la montée des forces nationalistes mais aussi car les soutiens français au revenu de base se voient diminués.

Cela tient en grande partie au score décevant d’Europe Écologie-Les Verts. Le parti écologiste français avait fait un très bon score en 2009 qu’il n’a pas pu renouveler, réduisant à 6 au lieu de 14 la taille de sa délégation à Bruxelles. Une belle dégringolade, qui signifie autant de soutien en moins pour le revenu de base au sein de la délégation française au parlement européen, puisque EELV soutient officiellement le revenu de base. Mais nous pourrons néanmoins compter sur le soutien pro-actif de Karima Delli, José Bové et Michèle Rivasi, entre autres.

EELV est hélas la seule liste défendant le revenu de base qui a réussi à arracher des sièges au parlement européen. En effet, aucune des autres listes soutenant cette idée (Nouvelle Donne, Force Vie, Europe Citoyenne, Est-Décroissance, le Parti Pirate, le Mouvement Socialiste Européen et le Parti Fédéraliste Européen) n’ont réussi à percer le fatidique seuil de 5% des suffrages pour espérer obtenir un siège.

Avec 3,3%, Nouvelle Donne fait tout de même un score honorable pour un parti lancé il y a à peine 6 mois. Un résultat prometteur pour la suite, d’autant que le débat sur le revenu de base semble faire son chemin au sein du mouvement grâce à la proposition audiacieuse de verser un revenu de base en euro-franc.

Malgré tout, en faisant le cumul des votes pour les différentes listes pour le revenu de base (merci à Clément Dejean pour le boulot !), on observe que les listes soutenant revenu de base ont cumulé près de 2.569.582 votes, soit près de 13,5% des suffrages exprimés.

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Il sera intéressant d’observer l’évolution de cet indicateur lors des prochaines échéances électorales.

Ailleurs en Europe, les résultats sont mitigés.

Dans plusieurs pays, les seuls eurodéputés sortants qui avaient soutenu l’initiative citoyenne européenne n’ont pas été réélus, c’est le cas en République Tchèque, Slovaquie, Croatie et Autriche.

En Finlande, seule Sirpa Pietikäinen conserve son siège, les deux autres eurodéputées écologistes n’ayant pas été réélues. En Suède, Carl Schlyter, eurodéputé francophone que le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) avait reçu lors d’un débat à Strasbourg, a quant à lui décidé de ne pas se représenter pour prétendre à un siège au parlement national suédois.

Même cas de figure en Allemagne, où Gerald Häfner, eurodéputé vert allemand qui fut un précieux soutien pour l’initiative citoyenne européenne (ICE), n’a pas souhaité briguer un second mandat de député européen.

En revanche, nous devrions pouvoir compter sur le soutien de Ska Keller, dont la candidature à la présidence européenne l’a propulsée en nouvelle figure européenne. On notera aussi l’élection de l’allemande Julia Reda, seule élue du parti pirate en Europe, dont la section allemande soutient officiellement le revenu de base inconditionnel.

De bonnes nouvelles nous viennent du côté de l’Espagne, où un grand nombre de députés sensibles au revenu de base ont été élus, dont notamment cinq députés de ‘Podemos’, parti politique issu du mouvement des indignés, qui soutient ouvertement le revenu universel. D’autres formations telles que EQUO, Bildu ou Izquierda Plural soutiennent aussi l’idée et ont obtenu des sièges. D’après une première estimation, pas moins de 15 eurodéputés espagnols seraient favorables au revenu de base.

En Belgique, Bart Staes (Groen) et Philippe Lamberts (Ecolo), l’ennemi numéro 1 de la finance londonienne selon le Financial Times, ont également été réélus. Ces deux eurodéputés avaient soutenu l’ICE en 2013.

Au Royaume-Uni, où deux eurodéputés écologistes (Keith Taylor et Jean Lambert) avaient signé l’ICE, on pourra compter sur le soutien d’une eurodéputée supplémentaire : Molly Scott-Cato, économiste de formation qui promeut le citizen’s income.

Les députés à surveiller

Parmi les nouvelles formations politiques élues au parlement européen, il sera intéressant de connaitre la position des 17 députés du Mouvement des 5 Étoiles mené par Beppe Grillo, qui soutient la mise en place d’un revenu de citoyenneté en Italie. Leur proposition n’est pas un revenu de base inconditionnel, mais plutôt une sorte de RSA (l’Italie est l’un des 3 pays européens à ne pas avoir de tel revenu minimum), mais on ne connait pas leur position au niveau européen.

De même, le jeune parti grec “To Potami” (la rivière) qui a obtenu deux sièges se veut progressiste et pro-européen, mais on ne connait pas encore leur position sur le revenu de base.

Voilà en tout cas du pain sur la planche pour l’alliance européenne pour le revenu de base (Unconditional Basic Income Europe), qui compte bien rencontrer tous les nouveaux élus progressistes pour leur faire découvrir le revenu de base et obtenir leur soutien.


Crédit photo: CC Parlement Européen

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À propos de l'auteur : Stanislas Jourdan

Coordinateur du mouvement Français pour un revenu de base et membre du comité de citoyens pour l'initiative européenne pour le revenu de base inconditionnel. Aussi éditeur en chef de ce site. Dans une vie antérieure : journaliste.

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4 commentaires

  • Guillaume

    Jun 07, 2014

    Reply

    J’ai bien peur qu’agir au niveau européen est lié à l’échec, ce conglomérat étant bien ficelé et quasiment inchangeable.
    Y a t’il assez de députés européens soutenant le RDBI pour former un groupe fort au sein d’une commission ?
    Quel est le positionnement des députés députés européens soutenant le RDBI au sein des commissions ?
    Cette vision donnera certainement un avis plus éclairés des moyens d’action au sein de l’Europe…

    • Stanislas Jourdan

      Jun 08, 2014

      Reply

      C’est justement l’un des axes sur lesquels le réseau européen va travailler : interpeller / rencontrer un maximum de députés européens pour connaitre leur avis sur le revenu de base, et éventuellement travailler avec ceux qui soutiennent l’idée pour pousser l’idée au sein des commissions parlementaires.

      Il n’y a qu’un seul moyen de savoir si ça peut marcher : essayer :-)

  • Emmanuel Delor

    Jul 11, 2014

    Reply

    L’être humain n’est pas paresseux de nature, l’argument selon lequel les gens cesseraient de travailler s’il y avait un revenu de base est faux, et cache une idéologie libérale.

    Il suffit de regarder comment les artistes, sans avoir de garantie de réussir plus tard, s’investissent à fond dans ce qu’ils aiment faire.
    Les gens ne cesseraient donc pas de travailler, mais ne travailleraient que pour faire ce qu’ils aiment. Un société beaucoup plus détendue comme résultat, avec la plupart des maladies dues au stress généré par la contrariété qui disparaitraient.

  • Frédo

    Sep 26, 2014

    Reply

    Je me rends compte au fil du temps qu’un tel bouleversement est totalement impossible.
    La mise en place de ce revenu implique un changement radical des mentalités, c’est un mouvement philosophique plus que politique. Et la philosophie n’est pas à la mode du 21e siècle… me semble-t-il…
    Lafargue au 19e siècle expliquait clairement l’aliénation du travailleur à son travail par l’ancrage dans sa culture judéo-chrétienne qui veut que l’homme mérite sa place, et pour cela souffre… Aujourd’hui encore cette idée est fortement implantée. On pense encore qu’on n’a pas droit à la paresse, et le capitalisme en profite pour exploiter l’homme – d’autant plus facilement qu’il fait croire que l’homme a besoin de l’entreprise pour vivre, alors que c’est l’entreprise dans bien des cas qui a besoin de l’homme pour survivre.
    L’économie mondiale est basée sur la production de capital, qui revient aux mains d’une poignée de profiteurs. Les gains de productivité n’ont jamais profité aux travailleurs, on n’a pas redistribué ni les richesses générées ni le temps dégagé.
    Et on continue à faire croire qu’il faut travailler plus et gagner moins, travailler plus longtemps, alors qu’on pourrait partager temps et richesses…
    Bref, j’ai signé à l’époque, pleine d’espoir, et quand je vois que dans toute l’Europe on n’a pas réuni 1 million de signatures, je suis maintenant persuadée qu’on n’arrivera jamais à bouleverser à ce point les mentalités…

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