Patrice Philippe, père d’une étudiante précaire, témoigne des difficultés rencontrées par sa fille pour réaliser son rêve. Un revenu universel aurait pu changer la donne.

Dès l’apparition de cette idée du revenu universel, j’y ai pleinement adhéré. Elle me semble être la meilleure des solutions pour garantir l’épanouissement, l’autonomie et la réduction des inégalités.

L’un de mes enfants, à l’âge de 26 ans, a décidé de reprendre des études. Elle était désarmée par l’incapacité de Pôle Emploi à lui proposer un emploi ou une formation. Bien qu’ayant déjà accompli un parcours professionnel et diplômée d’une école d’art, elle subsistait de CDD en CDD et n’entrevoyait plus l’avenir aussi sereinement qu’à sa sortie de l’école.

Sa reconversion a nécessité quatre années d’études, sans aide de Pôle Emploi, avec une petite bourse étudiante obtenue à l’arraché (170€ par mois pendant deux ans seulement). Nous avons pu l’aider à aller jusqu’au bout, malgré les difficultés financières et les obstacles administratifs. Elle a réussi tous les concours et a obtenu son diplôme. Sortie deuxième de sa promotion, elle exerce aujourd’hui en libéral et gagne bien sa vie.

Pendant ces quatre années (bourse + petits boulots + notre aide), elle a pu subvenir a ses besoins. Elle avait une chambre d’étudiante et percevait en moyenne 600€ de revenus par mois pendant quatre ans.

Nous nous sommes donc en quelque sorte substitués aux institutions et avons pu lui verser un petit « revenu universel » qui lui a permis de se reconvertir. Tout le monde ne peut pas en faire autant, c’est évident.

Imaginons tous ces jeunes au chômage qui, avec le revenu universel, pourraient envisager l’avenir autrement et sans crainte, reprendre des études, faire une formation ou créer leur entreprise.

Les arguments des détracteurs du revenu universel ne valent rien à côté des bienfaits que la société pourrait tirer de cette révolution, à contrepied de la charité prodiguée aujourd’hui qui maintient les gens dans la crainte et le besoin car elle est toujours assortie de conditions.

Je suis bien certain que d’autres ont pu vivre des parcours identiques, jalonnés d’obstacles. Il faut vraiment de l’obstination pour arriver au bout. Vaincre le découragement face au refus des institutions pour vous aider, se dire que le franchissement de la ligne d’arrivée ne tient qu’à un fil, un peu d’argent en moins et tout s’écroule.

Heureusement, une forme de solidarité existe aussi entre étudiants.

Il faut vraiment mettre l’accent sur le fait qu’aujourd’hui un salarié qui décide de reprendre des études (pas une formation mais un nouveau parcours pour obtenir un diplôme) se heurte à l’incompréhension totale du système social et administratif. Rien n’existe pour le soutenir. Il entre dans un no man’s land : ni salarié, ni chômeur, ni statut étudiant classique puisqu’il a dépassé l’âge pour prétendre aux aides classiques.

Nous étions souvent entre le découragement et la colère mais nous n’avons jamais lâché et le résultat nous a donné raison.

Patrice Philippe


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Image : Pixabay, the3cats.