L’Europe a de graves problèmes – économiques, sociaux et politiques. Nous avons besoin de nouveaux instruments plus audacieux et plus forts pour contrer les forces de la désintégration. Un revenu de base partiel versé à tous les Européens – un euro-dividende – pourrait devenir l’instrument politique qui protège l’Union Européenne et surtout la zone euro contre les chocs économiques asymétriques et réconcilie les citoyens avec l’idée de l’intégration européenne.

Auteur : François Denuit
Traduction : Philippe Dubrulle, article original ici.

Aujourd’hui, le risque de pauvreté et le niveau d’exclusion sociale dans l’Union Européenne (UE), et en particulier la précarité des jeunes, la pauvreté des enfants et la pauvreté au travail, sont extrêmement inquiétants, alors que les perspectives de l’objectif 2020 de l’UE en matière de pauvreté (sortir 20 millions de personnes de la pauvreté d’ici à 2020) semblent assez sombres.

En outre, les taux de chômage restent très élevés et affectent particulièrement les jeunes, alors que la révolution technologique et numérique affecte l’emploi sous divers aspects, par le remplacement d’une grande quantité d’emplois, la réorganisation du lieu de travail et l’augmentation de l’écart entre gains de productivité et revenus gagnés par les travailleurs.

Enfin, dans la zone euro, l’introduction de l’euro a entraîné une divergence économique croissante entre les pays déficitaires et excédentaires (en termes de PIB par habitant, de productivité du travail ou de taux de chômage entre autres) ainsi que d’importants déséquilibres sociaux en termes d’investissement public dans l’éducation, les soins de santé ou la sécurité sociale.

Beaucoup de citoyens qui se sentent oubliés par des politiques générales avec des résultats aussi désastreux se tournent vers des partis populistes et nationalistes qui promettent une amélioration au prix de la solidarité européenne. Tout cela menace le projet européen, la viabilité de l’union monétaire et, surtout, affecte directement la vie de millions d’Européens qui luttent pour une vie décente.

Un euro-dividende pour développer un modèle social européen juste, stable et efficace

Pour toutes ces raisons, le mouvement européen pour un revenu de base (UBIE) considère qu’un niveau de revenu modeste sous la forme d’un revenu de base partiel européen, accordé inconditionnellement à tous les citoyens de l’UE et résidents légaux de longue durée, constituerait un moyen intelligent de s’attaquer aux trois priorités sociales mentionnées :

  1. Réduire la pauvreté et les inégalités de revenu en garantissant la sécurité d’un revenu de base,
  2. Fournir un revenu venant en complément de celui des programmes sociaux nationaux pour les chômeurs,
  3. Réduire les déséquilibres économiques et sociaux excessifs entre les pays de la zone euro grâce à son effet de stabilisation automatique.

Un tel euro-dividende est un niveau de revenu modeste autour de 200 euros par mois (selon le schéma de financement et s’il est ajusté au coût de la vie). Il serait distribué à tous les résidents adultes des États membres de l’UE sur une base individuelle et sans aucun contrôle ou exigence de travail.

Un euro-dividende ne vise pas à remplacer les régimes nationaux de revenu minimum. Au lieu de cela, il fournit une base sur laquelle les États membres de l’UE peuvent poursuivre leurs propres arrangements sociaux pour assurer une vie décente à tous leurs citoyens.

L’introduction d’un euro-dividende vise à développer un modèle social européen juste, stable et efficace car ce revenu incarne un engagement européen en faveur de la citoyenneté sociale avec une politique de portée et de substance européennes, transparente et simple à administrer.

En effet, l’euro-dividende offrirait un mécanisme de redistribution équitable pour garantir que tous les européens bénéficient équitablement de la richesse générée par l’intégration européenne :

  • Cela améliorerait considérablement la condition des citoyens européens les plus défavorisés, qui auraient accès à un revenu inconditionnel européen complémentaire sans entraves administratives ni risque de stigmatisation sociale, améliorant ainsi l’objectif de l’UE de réduction de la pauvreté et de réduction de l’exclusion sociale.
  • Cela fournirait un mécanisme de solidarité sous la forme de transferts fiscaux transnationaux nécessaires pour que la zone euro absorbe les chocs économiques asymétriques et réduise les pressions exercées sur les États providence européens en raison des déséquilibres économiques et sociaux.
  • Un avantage supplémentaire pourrait également être une réduction significative des facteurs de poussée de la migration au sein de l’UE, évitant ainsi l’effet négatif d’ « exode des cerveaux » dans certains pays.
  • Enfin et surtout, cela aurait certainement un effet bénéfique sur la légitimité de l’UE et sur le soutien de la population car cela permettrait de développer l’image concrète d’une « union bienveillante ».

Des sources de financement diversifiées

Le financement d’un euro-dividende peut se fonder sur une combinaison des redevances suivantes : une TVA européenne, un impôt européen sur le revenu des sociétés, une taxe carbone européenne, une taxe européenne sur les transactions financières, une taxe européenne sur les biens de luxe, une réaffectation (d’une partie) des fonds européens tels que le Fonds Social Européen ou le budget consacré à la Politique Agricole Commune, par exemple, ou une augmentation des contributions des États membres au budget de l’UE.

Ce qui importe, c’est que son financement dépende des ressources propres de l’UE pour établir un lien clair entre le budget de l’UE et ses avantages pour les citoyens européens.


Photo : la plus grande affiche du monde, réalisée lors de la campagne suisse pour un revenu de base inconditionnel.