Le revenu de base universel n’est pas pensé comme un outil de lutte contre les discriminations, mais c’est une mesure qui diminue les inégalités vécues par les femmes et les personnes LGBT+. Même si ce n’est pas la baguette magique du féminisme, il faut réfléchir aux nombreux effets positifs du revenu de base universel pour les personnes discriminées.

Le revenu de base universel est un nouveau droit individuel pour tou.te.s les résident.e.s d’un territoire donné. C’est une somme d’argent versée à tous et toutes, suffisante pour vivre sur le territoire, et que l’on peut cumuler avec d’autres revenus, par exemple un salaire. C’est une mesure pensée pour éradiquer la misère mais aussi un changement important, vers une société du choix.

Sortir du patriarcat

Notre société est encore patriarcale, c’est à dire que “le père” – l’homme – est le chef qui doit nourrir et protéger sa famille. Le revenu de base universel est un droit individuel, lié à la personne et non pas au foyer, il s’oppose au système patriarcal. L’homme n’a plus à apporter “le pain sur la table” puisque le “pain” est une garantie apportée à tous et toutes par la société et l’État. Ce premier effet est essentiel, même s’il est symbolique.

La Sécurité sociale a été construite autour des activités rémunérées, de l’emploi. Le chômage est une assurance quand on perd son emploi, la retraite est une assurance quand on n’exerce plus d’activités rémunérées, le RSA est une indemnité quand on n’arrive pas à trouver d’emploi, l’aide aux adultes handicapés est versée parce que ces personnes sont “reconnues inaptes au travail”. Dans une société patriarcale cette forme de Sécurité sociale est un verrou qui entretient les inégalités. Les hommes doivent apporter le pain sur la table, ils ont donc une activité rémunérée ; les femmes restent à la maison et ne sont donc pas rémunérées. La Sécurité sociale basée sur l’activité rémunérée verrouille les inégalités. Même si la société est de moins en moins patriarcale, la distribution des retraites est encore très inégale. En moyenne il y a 26 % d’écart entre la retraite d’un homme et celle d’une femme.

Un revenu de base qui respecte la charte du MFRB n’a pas pour objectif de détruire la Sécurité sociale actuelle. C’est un nouveau pilier qui est détaché des activités rémunérées, de l’emploi, qui permet à chacun.e de vivre, et qui peut réduire les effets du patriarcat.

Selon les chiffres officiels du gouvernement, « chaque année 216 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime (mari, concubin, pacsé, petit-ami…). Il s’agit d’une estimation minimale. » De nombreuses victimes de violences restent auprès de leur partenaire violent pour des raisons financières, parce que les aides mettent longtemps à se déclencher, qu’il faut savoir qu’elles existent et comment les demander. Un droit inconditionnel permettrait à certaines femmes – retenues prisonnières de la violence par l’argent – de  s’échapper.

Le patriarcat est aussi visible dans la gestion des gardes d’enfants lors d’une séparation des parents. Les mères obtiennent le plus souvent la garde, et la charge financière qui va avec, alors que les pères doivent verser une pension alimentaire. Dans 30 à 40 % des cas la pension alimentaire n’est pas versée, ou versée de façon irrégulière. Les difficultés des femmes qui élèvent seules un enfant sont très importantes, et cette situation de dépendance au bon vouloir des pères est une difficulté de plus. Le revenu de base universel permet une sécurité et une continuité dans les revenus des familles qui élèvent des enfants, sans remettre en cause les pensions alimentaires qui peuvent être complémentaires en fonction des situations. Réduire la dépendance entre les parents peut aussi permettre d’améliorer les relations entre eux, et avec les enfants.

Favoriser l’entrepreneuriat contre les discriminations du salariat

Le revenu de base universel n’aura pas – a priori – un effet important sur les différences de rémunérations entre les hommes et les femmes. Mais en facilitant la création d’entreprise il y a encore une fois un effet positif pour les personnes discriminées. Seulement 38 % des créations d’entreprises sont faites par des femmes (ministère de la Famille, de l’enfance, et des droits des femmes, 2015) alors que 69 % des femmes pensent que l’entrepreneuriat est plus épanouissant que le salariat (baromètre opinionway pour l’APCE, 2012). Avec l’assurance d’un revenu pour vivre les créateurs et créatrices pourront développer leurs projets plus facilement qu’aujourd’hui, où 9 entreprises sur 10 disparaissent pendant les 2 premières années à cause – entre autres – des difficultés à dégager un revenu suffisant.

C’est un effet positif pour les femmes, qui sont une minorité dans le patronat, mais aussi pour les personnes LGBT+ qui peuvent subir des discriminations dans le monde professionnel. Plus spécifiquement pour une personne transgenre l’obligation d’avoir une activité rémunérée peut être un frein à l’expression de la transidentité, et donc une souffrance. Le revenu de base universel n’est pas une baguette magique qui mettra fin aux LGBT+phobies du monde professionnel – ce qui est pour moi un objectif – mais en libérant de l’emploi il permet d’offrir des alternatives, une liberté et une sécurité aux personnes LGBT+.

Réduire les discriminations

Le coming out (l’annonce volontaire d’une identité de genre ou d’une orientation différente de la norme) peut être source de nombreuses angoisses pour les LGBT+ qui peuvent faire face à un rejet de leur identité. Dans des cas extrêmes – et trop fréquents – le rejet d’une jeune personne LGBT+ par sa famille peut mener à la rue, voire au suicide. Alors que le taux de risque suicidaire dans la population française est de 3 à 4 %, ce chiffre monte à 12 à 13 % pour les personnes LGBT+ (étude de l’INPES, 2014). Il faut travailler à plusieurs solutions pour améliorer la situation, c’est un sujet extrêmement complexe auquel les politiques – et la population – ne prêtent pas assez attention. Le revenu de base universel peut être une des solutions, même si elle est uniquement financière. En garantissant un revenu aux jeunes on réduit la dépendance à la famille, et on permet une liberté en cas de rejet, si la famille vire l’enfant de la maison, ou si les parents “coupent les vivres”.

L’indépendance financière garantie à toutes les personnes peut ainsi être un des moyens de lutte contre les risques suicidaires en France.

Un des plus gros défauts des mesures de lutte contre la pauvreté est un fort taux de non recours. De nombreuses personnes ne demandent pas d’aide soit parce qu’elles ne connaissent pas les mesures, soit parce qu’elles ne connaissent pas les démarches, soit parce que celles-ci sont trop compliquées. Un revenu de base universel remplace ces mesures nombreuses et complexes par une base identique pour toutes et tous, à laquelle d’autres revenus – de solidarité ou non – peuvent s’ajouter. Cette simplification permet de supprimer “l’épreuve du guichet”, et la stigmatisation qu’on peut ressentir quand on demande de l’aide parce qu’on en a besoin. L’épreuve du guichet est particulièrement compliquée pour des personnes transgenres dont l’identité et l’expression de genre ne correspondent pas à l’identité inscrite dans l’état civil, sur la pièce d’identité.

Le revenu de base universel est un objectif que l’on peut atteindre demain. Ce n’est pas un outil parfait qui résoudra tous les problèmes de notre société, ce n’est pas une baguette magique, ce n’est peut être pas votre objectif de société à long terme … Mais je vous demande de considérer toutes les améliorations qu’un revenu de base universel permet dans la vie de toutes les personnes discriminées. Cet article ne les listes pas toutes, et on peut en prévoir d’autres ! Alors, ça changerait quoi pour vous un revenu de base universel ?

Nicolas Toublanc

Cet article engage son auteur et non le MFRB dans son ensemble.


Les mots n’ont pas de sens exacts, ils ont des définitions, qui varient d’une personne à l’autre, et dans le temps. Voilà quelques définitions selon moi, l’auteur, pour mieux comprendre cet article. Ces définitions ne sont pas “les bonnes”, ce sont juste les miennes, aujourd’hui.

Féminisme : Ce que j’appelle féminisme est « la lutte contre le patriarcat ». Le féminisme vise à la résolution des problèmes causés par le patriarcat, qui touche tout le monde (pas que les femmes cisgenres). Je considère que les discriminations anti LGBT+ sont patriarcales (ainsi que le racisme) et que mon féminisme doit être intersectionnel et combattre toutes les oppressions. J’ai décidé de ne pas inclure les problématiques liées au racisme dans cet article par manque de légitimité et de connaissances. Je serais très heureux d’aider à la rédaction d’autres articles qui lient les problématiques des féminismes et le revenu de base universel.

“Hommes” et “Femmes” : J’utilise ces termes dans cet article pour désigner les “hommes cisgenres” et les “femmes cisgenres” dans la vision patriarcale classique. Je m’excuse auprès des personnes trans d’accaparer ces mots pour désigner uniquement les cis, je le fais par simplicité et continuité par rapport aux études que je cite, qui se concentrent uniquement sur les personnes cis.

LGBT+, LGBTQUIAAP+, MOGAI : Par soucis de simplicité, de continuité, et de compréhension du texte par des personnes non sensibilisé.e.s je n’ai pas utilisé MOGAI (et je m’excuse auprès des concerné.e.s par le +). Je désigne par ce terme les personnes Marginalisé.e.s par leurs Orientations et / ou leurs Genres à Alignements non-conformes, ainsi que les personnes Intersexes. Ce terme est conçu pour regrouper toutes les personnes qui ne correspondent pas aux normes classiques de genres (qui ne sont ni des hommes cisgenres, ni des femmes cisgenres) et / ou aux normes classiques d’orientations qui peuvent être romantiques, relationnelles, sexuelles. L’acronyme MOGAI est un équivalent de LGBTQIAAP+.


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