Hillary Clinton vient de publier What Happened, un nouveau livre sur sa campagne à la présidence des États-Unis de 2016. Dans ce récit, elle affirme regretter de ne pas avoir adopté une proposition d’un type de revenu de base, qu’elle a baptisé « Alaska for America », dans le cadre de son programme.

 

Clinton attribue son enthousiasme pour le revenu de base à un livre de Peter Barnes, With Liberty and Dividends for All: How to Save Our Middle Class When Jobs Don’t Pay Enough. Hillary déclare que le livre « explore l’idée de créer un nouveau fonds qui utiliserait les recettes provenant de ressources nationales partagées pour verser un dividende à chaque citoyen, tout comme l’Alaska Permanent Fund distribue chaque année les redevances pétrolières de l’État. »

Hillary Clinton soutient l’idée de Peter Barnes d’un dividende national et, comme Barnes, suggère qu’il devrait être financé en partie par les revenus des ressources nationales partagées telles que « le pétrole et le gaz extraits des terrains publics et les ondes publiques utilisées par les radiodiffuseurs et les compagnies de téléphonie mobile » et « même chose avec l’air que nous respirons et le prix du carbone. »

Clinton va même encore plus loin en affirmant qu’elle verrait également « le système financier du pays comme une ressource partagée » et instaurerait une « taxe sur les transactions financières ».

Elle suggère qu’il pourrait y avoir un fonds capitalisé financé par ces ressources qui ne fournirait pas seulement un « revenu de base modeste » chaque année, qui apparaît pour Clinton comme un moyen d’augmenter les revenus, mais aussi « permettrait à tous les Américains de se sentir plus proches de notre pays et les uns des autres, d’avoir le sentiment de faire partie de quelque chose de plus grand que nous-mêmes. »

Hillary Clinton dit qu’elle et son mari ont été fascinés par cette idée et ont passé des semaines à travailler avec son équipe politique afin de voir si l’idée était viable et pouvait être incluse dans la campagne. La proposition aurait été nommée « Alaska for America. » Cette proposition n’a pas été retenue dans la campagne parce que, selon Clinton, « nous n’avons pas réussi à faire concorder les chiffres. » Dans le livre, Clinton cite également les anciens secrétaires du Trésor des États-Unis républicains James Baker et Hank Paulson, qui ont proposé un dividende carbone national qui « taxerait l’utilisation des combustibles fossiles et verserait l’argent directement à tous les Américains » comme alternative à la réglementation gouvernementale. Une nouvelle fois, Clinton affirme pourtant qu’elle a examiné la proposition mais n’a pas pu faire « correspondre les chiffres sans imposer de nouveaux coûts aux familles des classes moyennes supérieures. »

Si nous revenons en arrière, le revenu de base a rarement été mentionné lors de la campagne présidentielle de Clinton et, quand il l’a été, elle l’a rejeté avec dédain. Interrogée par Daniel Roth de LinkedIn sur cette idée lors d’une discussion sur l’éducation et la formation professionnelle, la candidate démocrate a répondu : « Je ne suis pas prête à prendre cette direction » et a enchaîné sur la nécessité de créer de nouveaux emplois. Au moment de cette entrevue, elle considérait le revenu de base comme une alternative indésirable au plein emploi, et a conclu : « Nous devons contribuer à créer de meilleures opportunités… sans simplement renoncer et dire : « D’accord, c’est bon, ceux d’entre nous qui produisent des revenus, nous devons les distribuer et vous n’avez plus à rien faire, voilà. » Je ne pense pas que cela fonctionne dans une démocratie et je ne pense pas que cela fonctionne pour la plupart des gens. »

Dans l’interview de LinkedIn, Hillary Clinton a suggéré que la perte d’emploi due à l’automatisation pourrait (et devrait) être résolue par la formation professionnelle et la création de nouveaux emplois. Son livre semble cependant considérer le chômage technologique comme une menace plus grave, assurant qu’elle prend la Silicon Valley au sérieux lorsqu’ils affirment que « ceci pourrait être la première grande révolution technologique qui aboutirait à davantage de suppressions d’emplois que de créations », et qui nécessite que nous pensions « différemment ». Elle affirme que cette idée l’a tellement impressionnée que son équipe avait peur qu’elle se mette « à parler de l’invasion des robots dans une mairie de l’Iowa ». Elle ajoute : « J’aurais peut-être dû. »

Hillary conclut cette partie de son livre en nous exhortant à « voir les choses en grand et penser différemment », suggérant des politiques comme « la taxation de la valeur nette au lieu des revenus annuels » afin de réduire les inégalités. Elle dit que nous devons « repenser la façon dont les Américains reçoivent des avantages tels que la retraite et les soins de santé afin qu’ils deviennent universels, automatiques et transférables. »

Article original de Sara Bizarro paru sur le site du BIEN le 13 septembre 2017.

Traduction : Fabien Cothenet pour le MFRB


Photo : CC Pixabay